• Vos écrits

    sarcastic Tous à vos plumes ! (ou plutôt vos claviers...) ^^

    Cette rubrique sera consacrée à vos écrits ! Envoyez-les par mail à l'adresse : enkisheena@laposte.net ou en cliquant sur "contact", sur la gauche !

    Nous les commenterons par la suite !

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    JOURNAL INFORMATISE

    DU PROFESSEUR JOHN SMITH

     

    LABORATOIRE DE CLONAGE

    NEW ISLAND

     

     

    Le 1er janvier

     

    Mes collègues ont fait une découverte excitante au fond de la jungle Amazonienne aujourd’hui! Ils ont trouvé dans une caverne une écaille fossilisée. Près du fossile, dans la caverne ancienne, se trouvait un dessin de la créature légendaire, le Réptilien. Personne n’a jamais vu un Réptilien vivant. On croit qu’il avait d’immenses Pouvoirs, même pour un Titan. Si ce fossile appartient réellement à un Réptilien, nous aurons peut-être la possibilité de marquer l’histoire de la science.

     

     

    Le 14 mars

     

    Nous avons passé des heures chaque jour dans le laboratoire, pratiquement sans manger ni dormir. Nous avons isolé l’ADN du Réptilien. Dès que nous aurons perfectionné l’appareil de clonage, nous pourrons tenter de créer un clone du Réptilien. Ce serait vraiment fantastique de créer une nouvelle vie à partir de quelque chose qui a disparu depuis si longtemps! Ce serait comme offrir un cadeau au monde.

     

     

    Le 4 juin

     

    Débat parmi les scientifiques. Certains membres de l’équipe veulent modifier l’ADN du Réptilien pour en faire une créature clonée encore plus puissante. D’autres sont d’avis que l’on devrait laisser l’ADN tel quel. Mais comment pouvons-nous laisser passer la chance d’améliorer ce que la nature a créé? Si nous ne tentons pas de rendre le clone du Réptilien plus puissant, nous n’exploiterons pas notre plein potentiel de scientifiques.

     

     

    Le 15 juillet

     

    Tout le monde ici est d’accord pour modifier l’ADN du Réptilien. Ce clone serait la créature la plus puissante du monde. Nous sommes sur le point d’entreprendre l’expérience la plus importante de tous les temps.

     

     

    Le 31 août

     

    L’ADN a été modifié. L’appareil de clonage est près. Nous allons entreprendre le clonage dès ce soir.

     

     

    Le 3 septembre

     

    Le clonage a réussi! Le clone du Réptilien est endormi et repose dans un réservoir rempli de liquide dans le laboratoire. Nous l’appellerons Hachūrui. Notre travail est terminé. Nous n’avons plus qu’à observer et attendre son réveil. Observer et attendre…

     

     

     

    I - Eveil

     

    D'étranges images flottent dans la tête de la créature. Des bulles dansent dans une eau bleue cristalline. Une île, quelque part au milieu de l'océan. Une grande créature sans ailes qui vole dans les airs. Et des humains. Beaucoup d'humains. La créature s'étire tranquillement. Elle ouvre les yeux. Elle flotte dans un réservoir de verre remplie de liquide rouge comme le sang. Un groupe d'humain entoure le réservoir. Les humains portent de longues blouses blanches. Des scientifiques. Il l'observent et chuchotent

     - Il s'est réveillé ! S'écrit l'un des scientifiques.

     

    Je suis réveillé. La créature regarde son propre corps. Ses muscles puissants s'étendent sous ses écailles azuréennes. Elle se sent éveillé. Elle se sent plus qu'éveillé, elle se sent puissante. La créature ferme les yeux et imagine que le réservoir explose en mille morceaux. Presque instantanément, le réservoir qui l'entoure éclate. Le liquide rouge se répand sur le sol. La créature est accroupie sur le plancher. Où suis-je ? demande-t-il. Sa voix riche et profonde remplit la pièce. Qui suis-je ? Un des scientifiques s'avance.

    -          Hachūrui est complet ! Déclare l'homme.

    -          Hachūrui ? Demande la créature.

    -          C'est ton nom, répond le scientifique. Nous avons utilisé l'unique ADN de ton espèce que nous avons découvert pour te créer. Tu es un Réptilien.

    L'homme lui montre une illustration sur un écran d'ordinateur. Il s'agit d'un dessin ancien. On dirait qu'il a été gravé sur les parois d'une caverne. Le dessin montre une créature qui ressemble à un dragon, qui ressemble à Hachūrui, mais en plus petit. Elle a de grands yeux et une longue queue épaisse. Hachūrui plisse les yeux. Il a vu cette créature dans ses rêves.

    -          Vous dîtes que vous avez utiliser un l'ADN d'un Réptilien pour me créer. Qu'est-ce que ça veut dire ? Demande Hachūrui.

    -          C'est un miracle scientifique ! Déclare fièrement l'homme. Nous avons utilisé un échantillon d'une créature aujourd'hui éteinte pour en faire une copie. Un clone ! Tu es le résultat de notre expérience.

    -          Mais pourquoi ? Demande Hachūrui. Pourquoi avez-vous fait cela ?

    -          Nous voulions savoir si il était possible de créer un clone à partir du légendaire Réptilien, répond le scientifique. Nous avons prouvé que nous pouvons le faire.

    Hachūrui a l'esprit embrouillé. Les humains semblent si fiers de leur travail. Mais Hachūrui croit qu'il est d'avantage qu'une expérience scientifique. Il se sent vivant.

    -          Et maintenant, qu'allez-vous faire de moi ? Demande-t-il.

    -          Nous allons t'étudier, réplique le scientifique. Nous pensons que tu es plus fort qu'un Réptilien ordinaire. Nous voulons savoir exactement de quoi tu es capable.

    Hachūrui sent la colère monter en lui. Ces scientifiques ne m’ont créé que pour faire des tests, pense-t-il. Ils me traitent comme une chose. Mais je ne suis pas leur chose. Je suis vivant.

    -          Je vais vous montrer de quoi je suis capable ! Rugit-il.

    Les yeux de Hachūrui se réduisent à deux fentes. La pièce est remplie d'autre gros réservoirs de liquide rouge.. La créature commence par se concentrer sur ces réservoirs. Crac ! Hachūrui fait éclater les réservoirs, par la seule force de sa pensée. Les humains hurlent de terreur. Certains s'enfuient en courant. Leur cris réjouissent Hachūrui. Ensuite, il se concentre sur l'écran d'ordinateur. Instantanément, des étincelles jaillissent de l'appareil. Bientôt, toute la pièce est en flamme.

    -          Hachūrui, non ! S'écrit un scientifique.

    Il cherche désespérément à atteindre un bouton qui se trouve sur le mur. Soudain, des bras mécaniques sortent du mur et entourent Hachūrui. La créature se défend en lançant un rayon bleu par les yeux. La lumière forme une immense bulle bleue autour de lui. Le clone du Réptilien, bien à l'abri dans sa bulle, se transporte à l'extérieur de la pièce en flamme, puis sort de l’édifice. Hachūrui remarque qu'il s'agit d'un laboratoire. Une fois à l'extérieur, il constate que le laboratoire est construit sur une petite île.

    Sous lui, il voit les flammes rouges qui font rage dans le laboratoire. Un sentiment de puissance le traverse, comme une décharge électrique. Il se sent bien. Hachūrui continue de flotter dans sa bulle et atterrit finalement sur un rivage rocheux. Il dissout la bulle. Quelqu'un arrive. Un bruit assourdissant rempli l'air. Hachūrui regarde vers le ciel et voit un hélicoptère foncer dans sa direction. L'hélicoptère atterrit sur le rivage.

    Un homme imposant habillé d'un complet foncé sort de l'hélicoptère. Il transporte un animal bistré à l'air opulent, prospère et exotique. Un loup, se dit Hachūrui, sans savoir exactement comment il a fait pour le savoir.

    -          Tu es aussi puissant que je le pensais, dit l'homme. Viens avec moi, je te montrerai comment utiliser ton pouvoir. Ensemble, nous pourrons conquérir le monde.

    Pourquoi devrais-je faire confiance à un humain ? se dit Hachūrui. Mais cet homme est différent des scientifiques. Il dit que nous pourrions conquérir le monde. Il sait que je suis davantage qu'une expérience. Il sait à quel point je suis puissant. Peut-être peut-il m'aider.

    -          Qui es-tu ? Demande Hachūrui.

    -          Mon nom est Atari Etsujirō. Je suis le chef du groupe Misairu, répond l'homme.

    Un chef. Un homme si puissant a sûrement beaucoup à offrir. Hachūrui hoche la tête.

    -          J’accepte de te suivre.

    Hachūrui monte dans l'hélicoptère. Tandis que l'appareil s’éloigne, la créature regarde le laboratoire exploser dans une immense boule de feu orangée.

     

    II- Hachūrui mis à l'épreuve

     Des bracelets métalliques se referment sur les poignets et les chevilles de Hachūrui. La créature est dans le laboratoire de Atari, dans une région montagneuse éloignée. L'humain a promis à Hachūrui qu'il aurait plus de pouvoir que dans ses rêves les plus fous. Mais l'humain a un plan étrange.

    -        Nous devons maîtriser ton pouvoir, sinon tu détruiras le monde et tout ce qu'il contient, lui a expliqué Atari. Cette armure protégera ton corps et te permettra de te concentrer. Si nous maîtrisons ton pouvoir, nous pourrons l'utiliser pour devenir les maîtres du monde.

    Au départ, Hachūrui était réticent. Mais il s'est dit que Atari devait être intelligent pour en être arrivé là. Cet humain devait savoir ce qu'il faisait. Pour l'instant, je vais suivre son plan, s'était dit Hachūrui. Je verrai bien ce qu'il fait. C'est pourquoi Hachūrui accepte de s'asseoir dans cette grande chaise de métal. La créature ne bouge pas lorsque les bracelets de métal se resserrent. Maintenant, les plaques brillantes d'une armure argentée émergent de la chaise. Elles enserrent les bras de Hachūrui. Puis ses jambes. Puis son torse. Et même sa tête.

    -        Tu peux encore utiliser ton pouvoir, lui dit Atari.

    -        Qu'est-ce que je vais en faire ? Demande Hachūrui.

    Les yeux de Atari brillent.

    -        Tu vas te battre !

    Le chef du groupe Misairu presse un bouton argenté. Une porte s'ouvre, révélant une immense créature. On dirait un énorme serpent couleur pierre. Grâce à ses pouvoirs surnaturels, Hachūrui sait déjà de quel animal il s'agit. C'est un Titanoboa. Avant que le serpent ne puisse attaquer, Hachūrui se concentre et envoie des ondes surnaturelles dans sa direction. Boum ! Le Titanoboa s'écrase sur le sol. Hachūrui l'a battu instantanément.

    -        Excellent ! Le félicite Atari, tout en caressant le loup tacheté étendu sur ses genoux. Mais tu dois passer d'autres épreuves. Te battre encore et encore.

    Chaque jour, Hachūrui combat de nouvelles créatures tous plus puissants les uns que les autres. Chaque fois, le clone du Réptilien ressort victorieux. Rien ne l'arrête. Hachūrui se bat contre un troupeau de taureaux dans un champs. Les monstres le chargent, tentant de le blesser avec leurs cornes acérées. Hachūrui se concentre et envoie un tourbillon de vent sous leurs sabots. Le vent fait tourner les puissants taureaux dans les airs.

    Hachūrui se mesure à Kumiho, une créature qui ressemble à un renard, mais possédant neuf queues. Ses yeux brillent d'un rouge éclatant, dévoilant des compétences psychiques et un immense pouvoir. Hachūrui lance sur Kumiho des ondes psychiques de lumière bleue. La force surnaturelle tord les queues du renard, lui provoquant d'atroces douleurs. Il est vaincu.

    Hachūrui fait face à un appareil électrique composé de trois boules d'argent et de puissants aimants électriques. Le drone lance un souffle d'énergie magnétique à Hachūrui. Celui-ci lui retourne son coup. L'énergie entoure l'appareil et l'écrase au plancher. Pas même un rhinocéros ni un lion ne peuvent battre Hachūrui. Le rhinocéros, couvert de pointes acérées et le lion, agile animal musculeux , se ruent sur Hachūrui de toutes leurs forces. Un seul rayon de lumière les fait voler dans les airs, anéantis. Un à un, Atari envoie des animaux se battre contre Hachūrui. Un à un, Hachūrui les massacre.

    Au départ, Hachūrui ne détestait pas les épreuves. Il n'y prenait même pas plaisir. Mais à mesure que les jours passent, il commence à se demander ce que Atari a derrière la tête.

    -        Humain, lui demande-t-il un jour, dis-moi pourquoi je me bats ?

    Hachūrui et Atari sont dans le laboratoire. Atari Etsujirō est assis sur un balcon, bien au dessus du plancher du laboratoire. Atari regarde Hachūrui et sourit.

    -        Tu te bats pour moi, bien sûr, lui répond Atari. Toutes les créatures ont besoin d'un maître.

    -        Un maître ! S'exclame Hachūrui. Je croyais que nous allions conquérir le monde en tant qu'égaux.

    Atari Etsujirō éclate de rire.

    -        Égaux ? C'est impossible, déclare-t-il. Les hommes t'ont créé. Tu ne pourras jamais être notre égal.

    Hachūrui regarde fixement Atari. Cet homme veut m'exploiter, pense-t-il. Mais il se tient loin de moi. Je lui fais peur.

    -        Tu as raison. Je ne suis pas un humain, admet Hachūrui. Et je ne suis pas né. J'ai été créé. Mes créateurs m'ont utilisé. Ils m'ont trahi.

    Cette pensée attriste Hachūrui. Mais immédiatement, sa tristesse se change en colère. Des éclairs jaillissent de son armure.

    -        Je n'ai pas besoin d'un humain pour m'aider à conquérir le monde, déclare Hachūrui. Je peux y arriver tout seul !

    Horrifié, Atari voit les yeux du Réptilien briller d'une terrifiante lumière bleue. L'armure qui recouvre le corps de la créature vole en éclats. C'est à ce moment-là que Atari se rend réellement compte de ce qui se passe. Les immenses pouvoirs de la créature n'ont plus de barrière !

    -        Les humains m'ont créé, s'écrit Hachūrui, mais ils ne feront pas de moi leur esclave !

    Une bulle bleue enveloppe Hachūrui et l'emporte bien haut dans les airs. La créature concentre son énergie psychique et envoie une décharge explosive en plein sur le laboratoire. L'explosion fait trembler le sol. La bulle éclate, et Hachūrui s'éloigne à toute vitesse, comme une étoile filante. Il est temps de repartir à neuf.

    Hachūrui survole l'océan. Il se pose sur l'île où il a été créé. Le laboratoire est en ruines. Ce n'est rien. Il peut le rebâtir. Hachūrui regarde vers la mer.

    -        Qui suis-je ? pensa-t-il. Quelle est ma raison d'être ? Je trouverai la réponse... Et je me débarrasserai de tous ceux qui s'opposeront à moi ! Humains... Ou autres ! Tous les habitants de cette planète entendront ma mise en garde. Le règne d' Hachūrui va bientôt commencer !

     

     

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  • Le Pendu du Diable

    Londres était silencieuse cette nuit-là. Bruce s’avançait le long du trottoir. Nombreuses échoppes étaient ouvertes mais la rue était déserte. On entendait au loin les trains qui passaient à vitesse grand V devant la gare dont on parvenait à peine à distinguer la grande horloge lumineuse. Vingt-trois heures quarante-trois. Bruce était en retard.
    Il accéléra son allure et se dirigea vers un grand entrepôt sinistre. Lorsqu’il entra, il fut accueilli par un concert d’applaudissements ironiques de ses quatre amis. Brad, Edward, Elvis et Josh l’attendaient. Il leur vola une poignée de main et saisit sa guitare électrique. Dark Falcons’Hellreiser était au complet. Edward distribua des chewing-gums et prit sa basse électrique. Josh s’installa à la batterie, après s’être roulé un énorme pétard. Et ils commencèrent. L’intro dura vingt-huit secondes, avant que Brad se mette à chanter.
    You can see it in the eyes of a child.
    You can hear it into the voice of the old.
    The struggle for meaning, for reason, acceptance, completion.
    The eyes of hope and the voice of reason.

    The words of wisdom and the strength of a vision.
    The truth is written in all of our eyes.
    The strength and the weakness.
    The sheer act of choosing to live your own fucking life.

    There is strength in this struggle and it's more than words and writing.
    It's living and dying, it’s laughing and crying, it’s learning and teaching, and striving and reaching.

    To take back and rebuilt our lives,
    to take back and rebuilt our lives!

    And it's the voice of reason and the eyes with a vision that keep me moving on.
    To remember those that came before, the ones I've loved, hatred and adored.
    For all that I've seen and felt. Been given and been dealt.
    And for all that has yet to come.

    This is for our struggles, our lives, our troubles, our times.
    For protest - resistance - action - persistence.
    For life and love!

    And those with the courage to say that enough is enough.
    Yes this is for you my friend, my lover, my sister, my brother,
    My mother, My father, the one like no other.
    My past, my present, my hope for the future.
    My son, my daughter, grandmother, grandfather, and all that I’ve seen exit life.

    Let's take back and rebuilt our lives.
    So we can listen to reason
    and bask in this wisdom.
    And finally have the strength to look in our children's eyes.

    And know that we're not feeding them lies:
    That we took back and rebuilt our lives.
    Les musiciens poursuivirent, menant un léger decrescendo et le morceau se termina sur un solo de guitare électrique, très harmonieusement joué par Elvis. Ils se regardèrent, le sourire aux lèvres. Ces trois semaines de répétition avaient porté leurs fruits. A présent, chacun connaissait sa partie sur le bout des doigts. Ils finirent la nuit étendus sur de vieux sofas, tirant taffes sur taffes, sniffant généreusement et roulant sans ménagement le coûteux cannabis.
    Le lendemain, Bruce se leva à dix heures vingt-sept. Soucieux de ne pas réveiller les autres, il sortit de l’entrepôt pour ranger ses affaires. A cette heure-ci, la rue était noire de monde. Et pour cause, la confirmation par référendum du maintien de la Grande-Bretagne dans la CEE avait été reçue deux mois plus tôt et l’économie avait monté en flèche depuis lors. Il descendit à la gare pour prendre le train en direction de Liverpool. Sur place, il acheta un journal et un paquet de cigares, avant de se diriger vers le wagon des premières classes. Là, il sortit son journal et se lança dans la lecture d’un article sur la création de l’entreprise Microsoft.
    En face de lui, une femme d’une vingtaine d’années le regardait d’un air vicieux. Comprenant, Bruce sortit un billet de cinquante livres et le lui tendit. Elle sourit et l’accompagna dans un wagon deuxième classe en le tenant par la main. Elle l’invita à rentrer dans une petite cabine équipée d’un lit, dont elle avait ajouté un rideau à la fenêtre en lui glissant au passage les mots Fantaisies Ténébreuses à l’oreille. Ils passèrent les trois quarts du trajet dans cette petite chambre, à tenter toutes frasques possibles dans le noir. Puis, estimant avoir dépensé assez d’énergie, ils se ré-habillèrent et sortirent de la cabine en silence. Elle lui glissa sa carte dans la poche arrière gauche de son jean, lui donnant une petite claque au passage.
    Bruce récupéra son journal, marqua sa page et sortit du train. Sa grande sœur Ashley l’attendait. Ils quittèrent la gare en moto et elle le conduisit dans son appartement. Là, toutes ses œuvres étaient exposées. Elle peignait depuis ses quatorze ans et elle en était très fière. Son frère remarqua une nouvelle toile sur son chevalet.
    - Tu t’es mise aux portraits ? posa-t-il.
    - Oui, répondit-elle tout sourire. Les paysages ne m’inspirent plus.
    Le garçon s’approcha pour contempler le tableau dans ses plus amples détails. Il eut alors un frisson. L’homme représenté avait exactement les mêmes traits et le même regard que la fille du train, à l’exception prête qu’au lieu de longs cheveux châtains, il en avait de courts d’un rouge sang. Il fut perturbé de cette apparition.
    - Ça va ? lui demanda Ashley, inquiète de ce changement soudain d’atmosphère.
    - T’inquiète, répondit-il. Tout va bien.
    - De quoi as-tu envie ? Je te commande des pizzas ?
    - Pas de refus, coupa-t-il brièvement. Merci grande sœur !
    Pendant l’entretien de sa frangine au téléphone, il cherchait à savoir ce que cette dernière avait cherché à reproduire. Il retourna le tableau. Deux mots y étaient écrits. Perfecta Diaboli. Lorsqu’il passa à table, il lui sembla même avoir vu le tableau s’animer. Le Diable Parfait…Les Fantaisies Ténébreuses… Deux expressions marquantes qu’il avait retenues d’un livre nommé « 13th » entré mystérieusement en sa possession. En effet ce dernier lui avait été envoyé anonymement et il n’avait pu s’empêcher de le lire.
    Bruce sortit la carte de la fille du train de sa poche. D’une écriture rouge sang étaient gravés le patronyme Mary Complaint, suivit du numéro +44 5 661366. Drôle de coïncidence… Non, finit-il par marquer. Il réfléchissait trop. Ce n’était là qu’un curieux hasard, rien de plus.
    - J’ai rencontré un type super à l’université, commença Ashley. Il fait du modélisme. C’est lui qui m’a demandé ce tableau.
    - Il t’a donné la raison de ce thème ? demanda Bruce. Je le trouve assez intéressant.
    - Ce n’est pas pour lui, répondit-elle, mais pour une fille de sa section. Il en est follement amoureux.
    Elle lui tendit le plat.
    - Tu en reveux ?
    - Non merci, répondit-il, je vais devoir y aller.
    Sur ce, il l’embrassa, saisit son manteau et se dirigea vers Stanley-Parc. Sa copine Tracy l’attendait. Elle lui tendit un gros paquet très joliment ficelé.
    - Bon anniversaire ! lui souhaita-t-elle.
    - Merci beaucoup mon cœur, répondit-il extasié.
    Il ouvrit son cadeau. L’album complet des Sex Pistols, son groupe de rock préféré. Suite à quoi, ils s’embrassèrent longuement. La peau de Tracy était froide. Bruce aimait beaucoup son contact. Il s’en voulut presque d’avoir couché avec la fille du train. Le monde est ainsi se persuada-t-il. Ils passèrent le reste de l’après-midi à se promener dans le parc et à tomber dans de folles embrassées. Ils se quittèrent aux alentours de dix-huit heures.
    C’est le lendemain que le drame se produisit. Après être retourné à Londres, Bruce avait dormi chez son ami Edward, le bassiste de son groupe. Après quoi, ils avaient rejoint le sombre entrepôt. C’est là qu’ils l’avaient vu… Le corps sanguinolent de Josh, sauvagement pendu au plafond d’une corde d’acier semblable à celle d’un piano, le tout accompagné d’un sinistre et curieux message écrit d’un rouge sang sur le mur.
    Paie de ton arrogance et de ta déloyauté
    Ô jeune adolescent aux amours amputés
    Par ta faute ton ami a été sombre victime
    De la puissante faux de ton ennemi légitime
    Le diable parfait a une fois de plus frappé
    Afin de mettre fin aux fantaisies ténébreuses
    Des jeunes aspirants aux conquêtes hantées
    Qui ont su créature des ténèbres rendre heureuse
    Edward et Bruce se regardèrent, l’un complètement désorienté, l’autre soudain pris de remords. Ce dernier songea. La fille du train… Elle n’était certainement pas étrangère à cette curieuse affaire. Il devait n’en parler à personne. Il raccompagna son ami chez lui sans lâcher un mot puis se dirigea vers l’appartement de location qui lui servait de domicile. Il examina le livre qu’il avait reçu. Le titre s’effaçait. Effaré, il tourna les pages. Partout, il lui semblait voir un visage. Ce visage si beau et si terrifiant qu’il voyait à présent partout.
    Il sombrerait dans la folie. Tout devenait clair à présent. Il avait pêché et ne pourrait se racheter qu’auprès du sinistre Lucifer. Alors sans hésiter, il alla chercher un couteau dans la cuisine, retourna à l’entrepôt, se trancha une veine et écrit de son sang : Le pêcher est lavé, je m’en retourne vers le Seigneur des Ténèbres, qu’il établisse à jamais mon châtiment éternel. Après quoi, il se retourna vers Josh, défit la corde de piano pour se l’attacher autour du cou et se suspendre au plafond. Il vit juste avant de mourir le visage du mort s’animer d’un sourire atroce et de yeux luisants et lâcha ses dernières paroles. Satan a eu raison de moi…
    Son corps et sa guitare ne furent jamais retrouvés.

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